Traces et rencontres

Construites comme des intersections, des intercesseurs, les éditions et la librairie Météores gardent parfois des traces de ce qui s’y passe et vers où ça passe.
Nous tenterons désormais de faire circuler le plus possible ces traces, sans mises en forme préalable cependant.


Permanences Critiques – Rencontre/Discussion – Par delà les discriminations et privilèges ?

Alors que depuis quelques années, les notions de discrimination et de privilège connaissent un succès grandissant au sein des milieux associatifs et militants, ce quatrième numéro de Permanences critiques invite à questionner les limites de ces deux catégories lorsqu’il s’agit de penser et combattre les phénomènes d’inégalités et de dominations sociales structurelles (classe, race, genre, sexualité). Et si, pour faire réellement advenir une société au-delà des discriminations et de privilèges, il était nécessaire de penser les dominations par-delà ces deux notions ?

Pour en savoir plus sur la revue Permanences Critiques.


Rencontre du 15 octobre 2021 : De la violence coloniale dans l’espace public avec Françoise Vergès.
Shed Publishing et La Fabrique

Françoise Vergès se pose la question politique d’une interruption du cycle des violences coloniales à même l’espace public. Elle nous emmène visité un “triangle colonial” à Paris près de la Porte Dorée.
Ce triangle comprend le bâtiment du Musée national de l’histoire de l’immigration, ex-Musée des Colonies inauguré à l’occasion de l’Exposition coloniale de 1931, dont l’immense bas-relief met en scène, « l’air de rien », l’économie extractiviste basée sur l’esclavage et le travail forcé dans les colonies. Face au musée, le deuxième sommet du triangle est le monument à la mission Marchand qui, depuis les années 1970, fait régulièrement l’objet d’actions anti-colonialistes allant du tag au plastiquage. Le dernier sommet révèle quant à lui « La France apportant la paix et la prospérité aux colonies » sous les traits de la déesse Athéna.

S’inspirant des bases d’une pédagogie critique explorée par les universités de Décoloniser Les Arts (DLA), cet ouvrage revient sur les débats et les luttes menées à travers le monde autour de statues, célébrant esclavagistes et colonialistes, « au pied desquelles le pouvoir dépose des gerbes de fleurs. »

Accompagné d’une riche sélection d’images d’archives et ponctué par les interventions visuelles de l’artiste Seumboy Vrainom :€, Françoise Vergès nous livre ici un texte incisif qui propose une nouvelle manière d’aborder la ville.



Rencontre du 26 janvier 2022 : Les intelligences particulières : enquêtes sur les maisons hantées avec Gregory Delaplace
Editions Vues de l’esprit.

“Les habitants des maisons hantées s’inquiètent des présences invisibles qui troublent leur quotidien. Il leur arrive de demander de l’aide pour qualifier ces inquiétantes apparitions. En Angleterre, la Société pour la recherche psychique avait précisément été créée pour répondre à de telles interrogations. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, face aux appels qui lui sont soumis, le jeune enquêteur Donald West affiche un scepticisme inébranlable. Ce dialogue de sourds, confronté à d’autres réponses possibles, permet de mettre en évidence différentes manières de qualifier ces perturbations de l’expérience ordinaire. La subtile enquête menée dans ce livre à propos de ces investigations contradictoires chemine vers une proposition de méthode : les fantômes appartiennent à la texture des lieux qu’ils hantent. Si seules certaines « intelligences particulières » savent se montrer sensibles à leur présence, c’est qu’elles habitent déjà le monde en étranger.” 


Rencontre du 8 octobre 2022 avec Olivier Marboeuf et Joachim Ben Yakoub.
Editions du Commun

Entre fables, interpellations et récits spéculatifs, Conteur nous entraîne, nuit après nuit dans sa fuite de la plantation. Africain par détour, le personnage d’Olivier Marboeuf a l’œil grand ouvert et la langue bien pendue. Il a les Antilles banlieusardes et déparlantes. Il tisse, de la cale à la cave, des histoires de bouleversement et perce avec malice les écrans de fumée de la fiction coloniale. Son chant dessine des chemins fragiles vers des parcelles habitables.
Au travers de ce travail, l’auteur nous plonge dans les ressorts d’une décolonisation de façade qui trouvent une prise particulière dans les institutions culturelles françaises. Pratiques de contrebande et d’errance, collections de gestes de refus et de ruse, grève d’une peau qui ne veut pas être le nouvel habit de l’économie néolibérale, « Suites décoloniales » est un manifeste pour des nouvelles scènes politiques de l’art.

Rencontre du 2 mars 2022 avec Didier Debaise et Isabelle Stengers.
Multitudes

Certains usages de l’abstraction et une certaine peur d’être dupe régissent nos rapports au monde dans le cadre des épistémologies et des politiques de la modernité. La notion de planétarité contribue-t-elle à amincir notre monde, ou à l’épaissir ? Comment l’inscrire au sein d’agencements collectifs qui aident à cultiver une confiance, précondition au développement de pratiques et de savoir collectifs ?

 » Nous pensons en effet que ce n’est pas seulement en biologie que le thème de l’interdépendance appelle consentement. L’horreur d’être dupe est le refus de ce qu’implique l’interdépendance, à savoir une vulnérabilité intrinsèque, une possibilité que ce sur quoi nous comptons nous trahisse, la précarité d’agencements sans garantie. Cependant consentir au risque de faire confiance ne peut être une affaire individuelle – les mondes amincis sont des mondes dont il convient effectivement de se méfier. C’est pourquoi le consentement, ici, passe par la question d’une culture de la confiance, c’est-à-dire d’un sens de l’interdépendance effectivement vécu et entretenu par un collectif en tant que tel. »

Des singes en hiver – Radio Casse tête

Les technologies numériques de l’information et de la communication, et la prison constituent deux piliers centraux de nos sociétés. Aux premières nous pouvons accorder une charge politique ambivalente. Outils d’ouvertures, de partages essentiels, mais aussi outils ravageurs utilisés à des fins d’utilisations, d’accélérations et de capitalisation du social. Le solutionnisme technologique et ses effets délétères sont désormais de plus en plus présents tant dans les discours que dans la pratique et ont montré leurs caractères parfois dévastateurs avec la récente réponse politique à la pandémie Covid 19.

La prison reste le pilier essentiel de notre système pénal « démocratique », pourtant il n’est plus à démontrer qu’elle est une institution opaque et source d’oppressions multiples. De la prison, contrairement au numérique, nous n’en entendons presque jamais parler. Et du numérique, bien que nous ne cessons d’en entendre parler comme souvent une solution miracle, nous allons rarement voir sur le terrain « comment cela se passe ». Loin d’un simple appareillage technique, les solutions numériques demandent un effort considérable pour être mises en place et leur utilisation est tout sauf « lisse et sans embûches ». En allant sur différents terrains de pratiques (que ce soit l’usage des algorithmes dans les soins infirmiers ou encore la numérisation des administrations) on a pu remarquer que les usages technologiques loin de simplifier les procédures, les usages, les rendent plus difficiles, les détruisent et brisent ce qui pouvait encore exister de savoirs situés. 

Mais que se passe-t-il lorsque le numérique est intégré dans un monde aussi clôt et refermé sur lui même que la prison ? Le numérique peut-il y être un outil d’ouverture ou de facilitation des tâches administratives, des rapports entre détenus, entre détenus et agents ? Il est désormais de notoriété publique qu’avec les projets de nouvelles (maxi)prisons les gouvernement espèrent pouvoir accélérer la « numérisation des prisons ». En Belgique l’interface numérique déjà disponible dans certaines prisons s’appelle PrisonCloud. 

Nous sommes aller voir sur place et donner la parole aux détenus pour qu’ils nous apprennent aussi ce qui pourrait nous arriver à nous. Les prisons ont toujours été des laboratoires sociaux, et bien que cette fois ci l’arrivée de la numérisation a pu se faire plus tardive que celle dans la société du dehors, les enseignements que nous pouvons en tirer sont nombreux.

Avec des micro-cellules réalisées par Coco, Noémie, Vincent, Kevin, Jeremie, Claudie&Michel

Une collaboration entre les Singes en Hiver et Radio Casse-Tête avec Mc Yaska, Guillermo, Vincent, Jeremie, Hervé, Chedia, Renaud-Selim président, Laurent, Kevin, Tonino, et Michel et Lola en esprit.

Rencontre avec Norman Ajari et Bruxelles Panthères
Editions Divergences

Dans l’histoire africaine-américaine, le pessimisme ne porte pas sur les Noirs, mais sur la capacité de la société blanche à dépasser sa négrophobie. Et si les idées et réformes que nous tenons pour progressistes n’étaient que des métamorphoses du racisme ? À l’ère de Black Lives Matter, la permanence de la déshumanisation et de la mise à mort des Noirs apparaît comme un socle de nos sociétés civiles. Ce livre s’oppose aux visions simplistes, lisses ou iréniques de la pensée africaine-américaine actuelle. L’intersectionnalité n’est pas la seule manière de penser race, genre et classe d’un point de vue noir. Noirceur présente un ensemble de théories iconoclastes, de débats contemporains et de stratégies politiques pour repenser radicalement l’avenir des vies noires en Amérique et dans le monde.

Rencontre du 7 octobre 2021 avec Joseph Tonda et Culture & Démocratie.
Editions Karthala

Dépassant les critiques classiques de l’impérialisme et du néocolonialisme, les théories de la dépendance et les études postcoloniales, cet ouvrage analyse ce rêve afrodystopique dans lequel sont plongées les sociétés africaines et afrodescendantes.